Un chat adopté qui se cache dans les heures qui suivent son arrivée ne vous rejette pas : il fait ce que son instinct lui dicte dans un lieu dont il ne connaît ni les bruits, ni les odeurs, ni les habitudes. La réponse tient en trois décisions prises avant même d'ouvrir le transporteur : une petite pièce fermée avec litière, eau, nourriture et un endroit où disparaître ; la litière placée à l'autre bout de la pièce, jamais à côté des gamelles ; et une routine lente qui ne consiste pas à le sortir de sa cachette mais à lui laisser le temps d'en sortir seul. Les câlins, les photos et la visite du salon viennent après.
Je pose le transporteur au sol, je tire la grille, et je m'assois par terre, dos au mur, sans rien dire. Ce que je vois à ce moment-là n'est pas un chat qui boude : c'est une paire d'yeux dans le noir sous l'étagère, et une respiration qui se calme au bout de dix minutes parce que plus personne ne bouge dans la pièce. La première fois, j'ai attendu assis sur le carrelage bien plus longtemps que prévu, en me disant qu'il allait finir par sortir. Il n'est pas sorti. Il est sorti à deux heures du matin, quand la lumière était éteinte et que la maison ne faisait plus aucun bruit.
Le lendemain matin, j'ai trouvé la litière grattée et la gamelle d'eau à moitié vide. C'était toute l'information dont j'avais besoin.
Une petite pièce, pas la plus agréable de la maison
Je choisis toujours la pièce la plus ennuyeuse : une salle de bain, un cellier, une chambre d'amis, un couloir fermé. Six à neuf mètres carrés suffisent. Pas le salon, pas la chambre où l'on dort, même si c'est plus sympathique pour nous.
La raison n'a rien de sentimental. Dans une petite pièce fermée, je peux vérifier trois choses sans déranger le chat : est-ce qu'il a mangé, est-ce qu'il a bu, est-ce que la litière a servi. C'est ça, le vrai rôle de la pièce de départ — ce n'est pas une punition, ni une cage, c'est un poste d'observation. Dans un séjour de trente mètres carrés, un chat stressé trouve une cachette que je ne peux pas atteindre, et je passe la semaine à deviner s'il vit ou s'il survit.
Avant d'ouvrir le transporteur, la pièce est déjà prête : gamelles au fond, litière à l'opposé, une caisse en carton couchée sur le flanc ou un panier avec un plaid par-dessus pour faire un toit, et le transporteur lui-même laissé ouvert dans un coin, avec la couverture qui vient de l'association dedans. Je ne lave pas cette couverture tout de suite. Elle sent l'endroit qu'il connaissait, et c'est la seule chose familière qu'il possède encore.
La litière à l'autre bout, et je ne bouge plus le bac
Un chat n'aime pas manger là où il enterre. Ce n'est pas une question de propreté humaine, c'est une question d'odeur : à côté de la nourriture, le bac est moins utilisé, ou utilisé à côté. La première semaine, ça se traduit par un chat qui se retient, ou par un pipi sur le plaid — et on appelle ça du stress alors que c'est juste un bac mal placé.
Donc : gamelles d'un côté, litière à l'autre, le plus loin possible dans la pièce, et pas contre la porte. Si la pièce est petite au point qu'ils sont forcément proches, je sors les gamelles dans une deuxième pièce et je laisse la porte entrouverte, avec la litière et un point d'eau dans la pièce de repos.
Une chose bête que je demande toujours avant l'arrivée : quelle litière était utilisée là-bas. Un chat qui a passé trois semaines sur des granulés de bois et qui arrive sur une litière agglomérée parfumée peut très bien se retenir deux jours. Je ne change pas de type avant qu'il ait pris ses marques, même si je préfère autre chose.
Et une fois le bac posé, il ne bouge plus. Pas de déplacement « pour faire plus propre » au bout de trois jours. On ajustera dans un mois.
Les deux premières nuits, ce que vous allez entendre
Le bruit de la litière grattée à trois heures du matin, c'est la meilleure nouvelle de la semaine. Ça veut dire qu'il bouge, qu'il explore, qu'il a compris à quoi sert le bac.
Dans les premières quarante-huit heures, voilà ce que je vis, et ce n'est pas très spectaculaire. Le jour un, il ne se passe presque rien. Le chat reste dans sa cachette, ou il sort en arc de cercle le long des murs, queue basse, et il se fige au moindre bruit de volet. Le soir, je m'assois dans la pièce vingt minutes, trois fois dans la journée, sans le toucher, quelquefois en lisant à voix basse. C'est tout. Ce n'est pas de l'indifférence : pendant ces vingt minutes, il enregistre mon odeur et le son de ma voix sans avoir à se défendre.
Le jour deux, beaucoup de chats mangent devant vous en détournant la tête, ou acceptent de jouer à distance avec un lacet de chaussure traîné au sol. D'autres restent invisibles cinq jours. Les deux sont normaux. J'ai vu des chats sortir au bout de six heures et se coller sur les genoux, et d'autres qu'il a fallu dix jours pour voir traverser la pièce. Ce n'est pas une question de caractère du chat, c'est une question de ce qu'il a vécu avant, et ça, personne ne le sait vraiment, même pas l'association.
Un point sur lequel je ne temporise pas : un chat qui se cache mais qui mange, boit et utilise la litière la nuit va bien. Un chat qui reste prostré et qui ne touche à rien pendant une journée entière, ce n'est plus de l'adaptation, c'est une question pour le vétérinaire. C'est le seul cas où j'arrête d'attendre.
Les enfants, le chien, le second chat : le couloir comme frontière
Rien ne se règle en face à face le premier jour. Le chien renifle la porte fermée, c'est déjà énorme. On nourrit le chien d'un côté de la porte et le chat de l'autre, à la même heure, pour que l'odeur de l'autre devienne l'odeur de la gamelle. On échange un linge passé sur chaque animal, on le pose près du couchage. Deux jours de ça valent mieux qu'une rencontre précipitée qui se termine en feulement et qu'on met trois semaines à rattraper.
Pour les enfants, la règle que je donne est simple et se dit en une phrase : la pièce du chat est fermée, on n'y entre pas sans un adulte, et on ne sort pas le chat de sous le meuble. Un enfant de six ans comprend très bien « il apprend la maison, on le laisse ». Ce qu'il comprend moins, c'est pourquoi on lui dit de ne pas toucher alors qu'il a attendu ce chat pendant deux mois. Donc je le fais participer autrement : c'est lui qui verse l'eau, qui annonce l'heure du jeu à distance. On occupe les mains, et le chat respire.
Trois choses qui rallongent tout
L'aspirateur, la télévision forte, les allers-retours de visiteurs. Un chat qui arrive dans une maison qui sonne normalement s'habitue plus vite qu'un chat qu'on essaie de protéger dans un silence qu'il ne connaîtra jamais. Mais les trois premiers jours, je évite quand même le gros ménage et les amis qui veulent voir « le nouveau ».
Les mains. On a envie de le porter, de le rassurer, de le sortir de là. Pour un chat qui ne connaît pas encore votre odeur, une main qui l'attrape est une main qui l'attaque, et il retiendra l'endroit. Je laisse venir. Un chat vient vers ce qui ne le poursuit pas.
La poursuite, justement. Sortir un chat de sa cachette au balai, à la main, en tirant le meuble, ça marche une fois et ça coûte une semaine. C'est la seule chose que je ne fais jamais, même quand la cachette est un sommier et que ça m'inquiète.
Ouvrir le reste de la maison, une pièce à la fois
J'ouvre la porte quand le chat mange normalement, utilise la litière et ne se plaque plus contre le mur quand j'entre dans la pièce. Ça arrive souvent entre le troisième et le septième jour. J'ouvre alors une seule pièce de plus, je laisse la porte de la pièce de départ calée en grand, et je ne la referme plus jamais.
C'est un détail que l'on oublie : la pièce du début reste sa base pendant des semaines, parfois des mois. Un chat qui a peur d'un bruit ira s'y réfugier, et c'est exactement ce qu'on veut. Si on la referme pour récupérer la salle de bain, on lui retire son seul point fixe et on repart de zéro.
Quand un chat se cache chez vous, il n'est pas en train de vous dire non. Il est en train de vérifier si l'endroit tient debout. Notre travail des premières quarante-huit heures n'est pas de le convaincre, c'est de ne rien casser : un bac au bon endroit, une pièce calme, des mains qui ne se tendent pas, et le bruit de la litière à trois heures du matin qui vous rassure plus que n'importe quel câlin.