Même en appartement, votre chat peut garder un poids santé

Un chat d'appartement peut garder un poids santé sans sortir et sans régime : la solution tient en trois gestes quotidiens — deux séances de jeu de dix à quinze minutes, quelques points en hauteur à parcourir sans arrêt, et des repas servis en quantité définie plutôt qu'un bol rempli à volonté. Un chat d'intérieur dépense moins qu'un chat qui a accès à l'extérieur, non par paresse mais parce qu'il a beaucoup moins d'occasions de bouger de lui-même. Le travail consiste donc à remettre ces occasions dans la journée, à la main, tous les jours.

Même en appartement, votre chat peut garder un poids santé

La journée de mes chats, vue de près

Je vis avec deux chats dans un appartement, et j'ai longtemps cherché le problème du mauvais côté : dans la composition du sac de croquettes. Je comparais les teneurs, je changeais de marque, je me disais qu'il fallait trouver la bonne. Le déclic est venu d'une journée de télétravail où je les ai observés sans le faire exprès. Réveil vers six heures, le bol, un tour sur le rebord de la fenêtre, le canapé, le lit, une longue sieste jusqu'au milieu de l'après-midi. Puis, vers vingt-deux heures, ce quart d'heure de folie où l'un traverse le couloir à fond, grimpe sur l'armoire, redescend, repart.

Ce quart d'heure, c'était tout son exercice de la journée.

Un chat qui sort fait des dizaines de petites décisions par heure : monter sur un muret, surveiller un oiseau, reculer, se couler sous une haie, courir après quelque chose qui bouge. Il ne fait pas de sport, il fait des choix. L'appartement ne lui en laisse presque aucun : les mêmes quelques mètres carrés, les mêmes trois meubles, une gamelle toujours pleine. Ce n'est pas un chat devenu mou, c'est un environnement devenu pauvre.

Et l'ennui mange. C'est le point que j'ai mis le plus longtemps à admettre. Un chat qui n'a rien à faire retourne au bol, pas parce qu'il a faim, mais parce que c'est le seul endroit du logement où il se passe quelque chose. Il y a une différence nette entre un chat qui réclame à dix-sept heures et un chat qui occupe sa journée sur la gamelle.

Le jeu ne compte que s'il ressemble à une chasse

Un jouet qu'on agite mollement devant un chat allongé ne fait rien. Ce qui marche, c'est un leurre qu'on manipule comme une proie : on le cache derrière un montant de porte, on le laisse immobile quelques secondes, puis on file en travers de la pièce en changeant de direction d'un coup. Le chat s'aplatit, ses omoplates roulent sous la peau, il bondit. Dix à quinze minutes de ça valent mieux qu'une heure de jeu mou.

Un repère qui m'a servi : terminer sur une prise. Si la poursuite n'aboutit jamais, le chat reste en tension et finit par se désintéresser. On laisse donc attraper, on donne une croquette ou on enchaîne directement sur le repas, et la séquence se referme. Deux séances par jour, à heures fixes si possible — avant le repas du matin, avant celui du soir. La régularité compte plus que la durée : un chat n'a pas besoin d'une séance héroïque le dimanche, il a besoin de la même petite chasse tous les jours.

Tous les chats ne courent pas après un plumeau. Le mien a mis des mois à s'y intéresser, et seulement quand j'ai arrêté de l'agiter et que j'ai commencé à le faire bouger comme une souris. Il faut essayer plusieurs types de leurres, sur plusieurs jours, avant de conclure qu'un chat ne joue pas.

La hauteur transforme le salon en terrain de mouvement

Un chat qui ne quitte pas le sol marche. Un chat qui monte et descend vingt fois par jour dépense vraiment. Chez moi, ça a commencé par une étagère déplacée pour fermer un espace entre la bibliothèque et la fenêtre, puis une planche fixée assez haut pour qu'il puisse surveiller le couloir. Rien de spectaculaire. L'important n'est pas d'avoir un objet dédié dans un coin, mais un parcours : le dossier du canapé, le meuble bas, l'étagère, le haut de l'armoire, et un retour possible à chaque niveau.

Depuis, il monte sur l'armoire quand quelqu'un sonne, redescend voir, remonte. Trois allers-retours que personne n'a demandés.

C'est ça, du jeu déguisé en mobilier. Un chat en hauteur surveille la pièce, et un chat qui surveille est un chat occupé. L'ennui, chez un chat d'intérieur, ressemble le plus souvent à une sieste — on ne le voit pas.

Faire durer le repas plutôt que le remplir

Le bol toujours plein est le geste le plus confortable et le moins utile. Le chat avale sa ration en trois minutes, puis il ne lui reste rien à faire jusqu'au lendemain. À l'inverse, une ration mesurée qu'on fractionne en plusieurs petits services change la journée entière : quelques croquettes sur le sol de la cuisine, quelques-unes en haut d'une étagère, d'autres sous un gobelet retourné qu'il faut pousser de la patte, une ou deux lancées à travers le couloir pour qu'il ait à courir.

Ce n'est pas un régime, c'est une chasse reconstituée. Et le point clé n'est pas la quantité en soi : c'est que la quantité soit décidée par quelqu'un, une fois, puis ajustée à intervalles réguliers. La quantité de départ se fixe avec le vétérinaire, en fonction du poids du chat et des indications du paquet ; c'est la pesée mensuelle qui dit ensuite s'il faut bouger.

Dans un foyer à plusieurs chats, il faut le dire, ça se complique. Un chat lent se fait voler sa part, un chat dominant double la sienne. Il faut parfois séparer les repas, ou surveiller. Et si plusieurs personnes vivent dans le logement, tout le monde doit suivre la même règle : dans beaucoup de maisons, le chat ne mange pas trop, il mange trois fois — une fois par humain.

Le chiffre qui compte n'est pas sur la balance

Une fois par mois, à date fixe, je monte sur la balance avec le chat, puis sans lui. La différence donne son poids, à quelques dizaines de grammes près, ce qui suffit largement. Mais le chiffre seul trompe. Ce qui m'a le plus appris, c'est la main : les côtes qu'on sent sous une fine couche, la taille qui se dessine derrière les côtes quand on regarde le chat d'au-dessus, les omoplates et les hanches qu'on n'est pas censé voir en saillie. Un petit ventre est normal. Un pli qui pend et ballotte sous le ventre, moins.

Ces deux lectures vont ensemble : la balance attrape une tendance, la main dit où en est le chat. Ce qui les rend utiles, c'est le rythme mensuel. Une variation de quelques grammes par semaine est invisible au quotidien et devient évidente en trois mois — dans un sens comme dans l'autre. C'est aussi ce qui évite de s'inquiéter à tort après un changement de nourriture, ou de s'inquiéter trop tard.

Dernière chose, et elle compte : un chat qui maigrit alors que rien n'a changé côté repas ou activité ne relève pas de l'enrichissement. Chat âgé, problème de thyroïde, souci dentaire — ça se contrôle chez le vétérinaire. J'ai vu des gens redoubler de jeu chez un chat malade en croyant bien faire. Le jeu est un outil, pas un diagnostic.

Au bout d'un an, ce qui a changé chez moi n'est pas un chiffre sur la balance. C'est le silence. Le chat ne reste plus planté devant la gamelle à dix-sept heures. Il attend la séance de jeu, il monte sur l'armoire, il redescend. Et le quart d'heure de folie de vingt-deux heures est devenu le moment qu'on passe ensemble, ce qui, franchement, n'était pas prévu au départ.

Coussins et Griffoirs

À propos de l’auteur

Coussins et Griffoirs rassemble des personnes qui vivent avec des chats depuis longtemps, en appartement comme en maison, et qui ont fini par connaître aussi bien les arrivées de chatons que les vieux chats à porter chez le vétérinaire. Elles parlent de ce qu'elles ont vu chez elles, avec l'espace et les moyens de gens ordinaires.

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