La rencontre entre votre enfant et le chat commence avant son arrivée

Votre enfant ne rencontre pas le chat le jour où le chat arrive : il le rencontre après, en plusieurs fois, dans un ordre précis. Le chat commence seul dans une pièce fermée avec ses gamelles, sa litière et un endroit où se planquer ; l'enfant reste de l'autre côté de la porte ; puis viennent des contacts courts, surveillés, répétés, qui se terminent au premier signe d'agacement — oreilles aplaties, queue qui balaie, pupilles dilatées, peau du dos qui tressaille, recul. Ce qui décide de la suite n'est pas le temps passé ensemble, c'est l'ordre des étapes.

La rencontre entre votre enfant et le chat commence avant son arrivée

Je le sais parce que j'ai commencé par l'inverse. Le chat est arrivé dans sa caisse, je l'ai posée au milieu du salon pour que les enfants le voient, j'ai ouvert. Trois secondes plus tard, il était derrière le canapé, ma fille pleurait, et il y est resté une bonne partie de la journée. Le soir, on essayait de l'attirer avec du poulet, ce qui n'a rien arrangé : il avait classé le salon dans les endroits dangereux, et il a fallu plusieurs jours pour effacer ça. Le lendemain, j'ai fermé la porte de la chambre du fond et j'ai repris dans l'autre sens.

La pièce fermée, et le chat qui sort tout seul

Dans cette pièce, il y a de l'eau, des croquettes, une litière installée le plus loin possible de la nourriture, une couverture qui sent déjà la maison, et de quoi disparaître entièrement — un carton couché sur le flanc, un meuble sous lequel un chat passe sans baisser la tête. La porte reste fermée, pas parce que le chat serait fragile, mais parce que tant qu'il n'a pas décidé que cette pièce est à lui, il n'a aucune raison d'être patient avec un enfant qui bouge.

Ce que je regarde n'est pas la montre, ce sont trois choses : est-ce qu'il mange, est-ce qu'il va à la litière, est-ce qu'il sort de sa cachette pendant que je suis assis dans la pièce à ne rien faire. Quand les trois sont là, il est prêt pour l'étape suivante. La veille, non. Il n'y a pas de durée standard : un chat qui a déjà vécu avec des enfants sort le premier soir, un chat qui vivait seul dans un appartement tranquille peut mettre trois jours. Et je ne le porte jamais jusqu'à l'enfant. Un chat porté jusqu'à un enfant, c'est un chat qui n'a plus de sortie et qui n'a plus qu'une solution.

L'enfant, de l'autre côté de la porte

Pendant ce temps, l'enfant a un rôle, et ce rôle consiste à ne rien faire. Il peut parler à travers la porte, glisser une vieille chaussette sous le battant, s'asseoir dans le couloir et raconter sa journée à voix basse. Ça paraît un peu bête. Ça ne l'est pas : le chat entend une voix, sent une odeur, et rien de tout ça ne se déplace vers lui. Le jour où la porte s'ouvre, il y a déjà quelque chose de connu dans cette maison.

Ensuite la porte s'ouvre, mais l'enfant reste dehors. Assis par terre, dos au mur, à l'autre bout du couloir. Le chat sort ou ne sort pas. S'il ne sort pas, la séance est finie et c'était une bonne séance quand même. S'il sort, il avance presque toujours en arc de cercle en longeant le mur, et il s'arrête à la distance qu'il a choisie. C'est cette distance-là qui est la bonne, pas celle qu'on avait imaginée.

Les signes qui ferment la séance

J'ai appris à regarder le chat, pas l'enfant. Un chat qui en a assez le dit avant de griffer, et il le dit avec le corps : oreilles qui partent sur les côtés, queue qui fouette même posée sur le sol, pupilles ouvertes en grand alors qu'il ne fait pas sombre, peau du dos qui ondule par vagues, tête qui recule, pattes avant qui poussent doucement vers l'arrière pour se dégager. À la maison, on a une phrase, toujours la même, dite calmement : « on s'arrête là ». Elle veut dire la même chose pour tout le monde, adultes compris.

Le détail qui compte, c'est que je ne réprimande pas l'enfant. Si la fin de la séance ressemble à une punition, l'enfant apprendra surtout à ne plus me montrer les signaux la prochaine fois ; il continuera à caresser un chat qui n'en veut plus en espérant que je ne voie rien. Donc on se lève, on dit au chat quelque chose de neutre, on sort, on passe à autre chose. Le chat reste dans la pièce sans avoir eu à se défendre.

Et je n'attends pas le feulement. Un chat qui feule a déjà averti plusieurs fois. Dans le cas d'un chat qu'on soulève, il n'y a souvent aucun avertissement du tout : un chat tenu contre un torse ne peut pas reculer, alors il griffe. C'est mécanique.

Ce qui provoque la griffure

Ce n'est presque jamais l'enfant qui s'approche lentement. C'est le chat qu'on porte, le chat coincé dans un angle, une main posée sur le ventre, un enfant qui le suit de pièce en pièce. Deux choses s'enseignent donc, et elles s'enseignent dès le premier jour : s'asseoir au sol, jambes croisées, mains sur les genoux, et attendre que le chat vienne. Et ne pas fixer. Un regard appuyé, un enfant qui suit le chat dans toute la maison, c'est ce qu'un chat lit comme un problème qui approche ; c'est aussi le comportement d'enfant le plus courant et le plus mal interprété.

Quand le chat monte sur les genoux de l'enfant, très bien — mais c'est le chat qui monte. Quand il descend, on ne le retient pas, même si l'enfant trouve ça trop court. C'est précisément en le retenant qu'on fabrique la griffure du lendemain.

Le vrai test, ce sont les autres

La grand-mère qui le prend dans les bras « juste pour montrer », le petit frère qui traverse le couloir en courant, l'ami qui passe en fin d'après-midi. Si une seule personne soulève ce chat pendant les premiers jours, l'ordre s'écroule et on repart de la pièce fermée. La règle se dit donc à voix haute, à la porte, à chaque visiteur, et elle se dit devant l'enfant pour qu'il l'entende appliquer. Les frères et sœurs comptent autant : un enfant à la fois. Deux enfants autour d'un chat, ce n'est pas deux fois un enfant autour d'un chat, c'est un chat qui n'a plus qu'un seul côté libre.

Ce qui change d'une maison à l'autre

Un enfant de moins de trois ans n'applique rien de tout ça. Il ne peut pas, ce n'est pas une question d'explication. La séparation doit être physique, et c'est l'adulte qui tient la porte ; répéter la consigne dix fois ne la fera pas rentrer. Un chat adulte qui a déjà vécu avec des enfants peut traverser le salon dès le premier soir, et c'est très bien : on ne freine pas un chat qui avance tout seul. À l'inverse, un chat habitué au calme peut rester une semaine derrière un meuble et ne circuler que la nuit. Ça ne veut pas dire que quelque chose est cassé, ça veut dire que l'étape deux n'a pas encore commencé. Rien ne se rattrape en allant plus vite.

Les premières griffures que j'ai vues dans cette maison ne venaient pas d'un chat qui attaquait. Elles venaient d'un chat sans porte de sortie et d'un enfant qui n'avait pas vu le chat reculer. Maintenant, il y a toujours deux portes ouvertes autour de lui : une pour entrer, une pour partir. Le reste — la durée, la vitesse, l'affection — vient tout seul une fois que l'ordre est respecté.

Coussins et Griffoirs

À propos de l’auteur

Coussins et Griffoirs rassemble des personnes qui vivent avec des chats depuis longtemps, en appartement comme en maison, et qui ont fini par connaître aussi bien les arrivées de chatons que les vieux chats à porter chez le vétérinaire. Elles parlent de ce qu'elles ont vu chez elles, avec l'espace et les moyens de gens ordinaires.

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