En colocation avec un chat, ce que les colocataires décident avant de s'installer

En colocation, la question du chat ne se règle pas avec le bailleur : elle se règle entre colocataires, et elle se règle avant que l'animal franchisse la porte. Un bail individuel engage chacun sur son propre logement, un bail unique engage tous les signataires ensemble sur ce qui est partagé, et c'est cette différence qui décide qui répond d'un canapé griffé ou d'une moquette de palier. Le bailleur, lui, applique au chat exactement les mêmes clauses et les mêmes règles de nuisance qu'à n'importe quelle location. Ce qui protège réellement les uns et les autres, ce n'est ni une autorisation donnée à l'oral ni une clause lue en diagonale : c'est un accord écrit sur la litière, la nourriture, le nettoyage, les dégâts — et sur la seule question que tout le monde repousse, à savoir à qui appartient le chat le jour où la colocation se termine.

En colocation avec un chat, ce que les colocataires décident avant de s'installer

Le sac de litière est encore fermé, appuyé contre le radiateur du couloir parce que c'est le seul endroit où il ne gêne personne. Trois personnes debout dans une cuisine, la porte du four entrouverte pour la chaleur, et sur la table un bail de quatre pages agrafées que personne n'a relu depuis la signature. La scène dure vingt minutes et elle engage trois ans.

J'y suis passé trois fois. À chaque fois, les mêmes sujets remontent, et à chaque fois dans le même ordre : le nom du chat, qui le nourrit le matin, et — dernier point, souvent réglé trop tard — qui paie quand quelque chose casse.

Le bail tranche avant vous

Premier réflexe, et c'est celui que je conseille : sortir le bail et n'y lire que deux choses.

La première, c'est la forme. Bail individuel, ou contrat unique pour tout le monde ? Dans un bail individuel, chacun a le sien, la chambre est privée, les parties communes sont partagées ; en théorie celui qui dégrade répond de sa dégradation, mais dans un conflit réel, c'est la personne chez qui le chat vit qui se retrouve en première ligne, parce que c'est elle qu'on vient voir. Dans un bail unique, il n'y a qu'un contrat et tous les signataires sont engagés ensemble, souvent avec une clause de solidarité : le bailleur peut réclamer la totalité d'une somme à n'importe lequel d'entre vous, et c'est ensuite à vous de vous débrouiller entre vous. C'est le point que les colocataires découvrent en même temps que le problème.

La deuxième chose à lire, c'est l'état des lieux et le dépôt de garantie. Un dépôt entamé par un chat se rembourse sur la caution commune, donc sur tout le monde, y compris sur celui qui n'a jamais voulu de l'animal. Si le chat appartient à une seule personne, cette personne a intérêt à le dire à voix haute avant, pas après.

Reste la clause elle-même. Dans un logement vide loué comme résidence principale, une clause qui interdirait purement et simplement de détenir un animal familier est réputée non écrite ; en meublé, c'est moins net, et en colocation meublée, encore moins. Mais ça ne change pas grand-chose au quotidien. Ce qui vous tombe dessus n'est jamais l'animal en soi, c'est ce qu'il fait : la porte griffée, l'urine sur le palier, la litière qu'on entend gratter à trois heures du matin à travers la cloison. Là, on est dans le dégât et le trouble, et le bailleur est dans son droit comme avec n'importe quel locataire.

Donc vérifiez le bail. Mais ne vous arrêtez pas là. Le bail fixe le cadre, il ne dit pas qui vide la litière.

Ce qui se décide entre vous, et pas ailleurs

J'ai remarqué que les colocations qui tiennent sur ce sujet ont tranché quatre points, pas quinze. Quatre, mais vraiment tranchés, avec des prénoms en face de chacun.

La litière

Où elle est, et qui la change. C'est le point numéro un parce que c'est celui qui pourrit une ambiance plus vite que tout le reste. Deux règles que j'ai vues fonctionner : jamais dans la cuisine ni dans la pièce où l'on mange, jamais dans un passage où tout le monde se croise. Un bac par chat, plus un si l'espace le permet. Et une fréquence écrite, pas négociée chaque semaine : la litière se vide tous les jours, on ne discute pas selon l'humeur du jour.

La nourriture

Qui achète, sur quel budget, où c'est stocké. Le sac de croquettes dans le placard commun est une source de tension étonnamment régulière : quelqu'un paie, quelqu'un d'autre donne des restes, un troisième laisse la gamelle sale dans l'évier. Si le chat est celui de la colocation, le budget nourriture et vétérinaire doit être une ligne assumée par tout le monde, ou par personne.

Le nettoyage

Distinct de la litière. Poils sur le canapé, vomi sur le tapis, bac à eau renversé. Dans une colocation, personne ne veut être le pigeon qui ramasse toujours. Une rotation, même imparfaite, vaut mieux qu'une bonne volonté générale.

Les dégâts

Qui paie quoi, et à partir de quel montant on en parle. C'est la ligne que tout le monde saute parce qu'elle est désagréable, et c'est précisément celle qu'on ressort trois ans plus tard.

Qui paie quand la griffure arrive

Ici, un peu de droit aide plus qu'un long discours. Pour les animaux, la responsabilité pèse sur le propriétaire de l'animal ou sur celui qui s'en sert pendant qu'il est à son usage. Autrement dit : la personne qui a la garde. Le piège de la colocation, c'est que la garde se dilue. Tout le monde le nourrit, tout le monde le laisse sortir de la chambre, tout le monde joue avec lui le soir. Résultat : le jour du litige, il devient très difficile de dire "ce n'est pas mon chat" quand on l'a nourri pendant huit mois.

D'où l'intérêt de nommer un responsable principal, celui qui figure sur le fichier d'identification de l'animal et sur l'assurance. Ce n'est pas une formalité : c'est la personne que le vétérinaire appellera, celle qui décidera en urgence, et celle vers qui on se tournera si le chat blesse quelqu'un ou casse quelque chose chez un voisin.

Côté assurance, la multirisque habitation couvre en général la responsabilité civile vie privée, donc les dommages causés à un tiers par l'animal. Vérifiez que le contrat du colocataire couvre bien le logement partagé dans son ensemble, et pas seulement sa chambre : c'est une exclusion classique, et on ne la découvre qu'au moment du sinistre.

Le palier, l'ascenseur, la voisine du dessous

Un point que les colocataires oublient systématiquement : les parties communes ne dépendent pas seulement du bail, elles dépendent aussi du règlement de la copropriété et des règles de l'immeuble. Un chat qui file dans la cage d'escalier, qui attend devant l'ascenseur, qui laisse une odeur sur le palier parce que la porte a été laissée ouverte cinq minutes — ça ne produit pas une discussion avec le bailleur, ça produit un courrier au syndic. Et ce courrier remonte ensuite jusqu'au propriétaire.

La conséquence pratique est simple : la porte palière reste fermée, rien ne stationne sur le palier, et si un accident arrive dans le couloir, on nettoie tout de suite avec un produit enzymatique. Une odeur installée transforme une plainte ponctuelle en hostilité permanente, et là, les solutions deviennent beaucoup plus compliquées.

Le jour où l'un de vous s'en va

Une colocation finit toujours. Pas par catastrophe : simplement par la vie — mutation, mise en couple, fin d'études. C'est pour ça que la question du départ doit être traitée à l'entrée.

Si le bail est commun, faire entrer un remplaçant passe par un avenant ou un nouveau contrat. Le nouveau venu signe, donc il signe aussi pour le chat : s'il n'est pas d'accord, il faut le dire avant la signature, pas trois semaines après. Et si le bail comporte une clause de solidarité, celui qui part peut rester redevable d'une partie des sommes pendant un certain temps après son départ. Ce n'est pas une raison pour paniquer, c'est une raison pour lire la clause avant de décider qui signe quoi.

Si le chat appartient au colocataire qui s'en va, tout est simple, il part avec. Si c'est "le chat de la maison", ça ne l'est jamais.

La case que personne ne remplit : la sortie

Voilà ce que j'ai fini par comprendre, et c'est ce que je répète maintenant en premier. Une colocation dure un, deux, trois ans. Un chat vit douze, quinze, parfois vingt. Les deux calendriers n'ont rien à voir, et pourtant c'est le calendrier court qui organise tout le reste. On passe des soirées à décider comment le chat arrive, et pas dix minutes à décider où il finira.

Alors je pose la question bêtement, à table, pendant que le sac de litière est encore fermé : si l'un de nous part, le chat va où ? Si la personne qui le prend se retrouve dans un appartement qui n'accepte pas les animaux, on fait quoi ? Si personne ne peut, qui appelle qui ?

Ça met un froid pendant deux minutes. Et ensuite, tout devient plus facile, parce que la personne qui répond est aussi celle qui sera sur le fichier d'identification, celle qui prendra le rendez-vous vaccinal, celle qui paiera l'échographie à cent cinquante euros un dimanche. Ce n'est pas une question d'affection, c'est une question de chaîne de responsabilité. J'ai vu un chat rester dans un appartement après le départ de ses trois colocataires successifs, et personne n'était fautif, chacun avait une bonne raison — sauf que le chat, lui, n'avait plus personne.

Allergies, peurs, et les compromis qui marchent

Il faut le dire clairement : une allergie ou une peur des chats chez un colocataire n'est pas, en soi, un motif pour faire partir l'animal. S'il était là avant, ou si la personne a signé en le sachant, l'argument juridique est faible. Mais l'argument juridique n'a jamais calmé une crise d'asthme à deux heures du matin, et une colocation où l'un se sent forcé vit mal.

Les compromis que j'ai vus tenir sont très concrets : la chambre de la personne allergique devient une zone sans chat, porte fermée en permanence, et le chat n'y entre pas, même pour jouer ; la litière est éloignée de cette porte ; le chat ne dort pas sur ce lit. Pour la peur, c'est presque la même chose, avec un point en plus : ne pas laisser le chat enfermé dans un espace où il va surprendre quelqu'un dans le noir. Et la nuit, si besoin, on ferme le couloir.

À l'inverse, si vous arrivez dans une colocation où le chat vit déjà, sachez que votre signature vaut acceptation des faits. Vous ne pourrez pas demander son départ ensuite parce que vous avez changé d'avis.

Ce que je retiens

Ce qui a sauvé les colocations que je connais, ce n'est jamais le bail. C'est une note partagée, courte, datée, avec quatre sujets et des prénoms en face : litière, nourriture, nettoyage, dégâts. Plus une ligne pour la sortie. Elle n'a aucune valeur de contrat, personne n'a besoin qu'elle en ait une — elle a simplement le mérite d'exister le jour où deux personnes ne sont plus d'accord, et de rappeler à tout le monde ce qui avait été décidé quand tout le monde était d'accord.

Dans cette cuisine, la question du nom du chat a pris dix minutes. Celle de la litière, cinq. Celle de la sortie, deux, parce que quelqu'un a fini par répondre. Trois ans plus tard, c'est la seule dont je me souvienne encore.

Coussins et Griffoirs

À propos de l’auteur

Coussins et Griffoirs rassemble des personnes qui vivent avec des chats depuis longtemps, en appartement comme en maison, et qui ont fini par connaître aussi bien les arrivées de chatons que les vieux chats à porter chez le vétérinaire. Elles parlent de ce qu'elles ont vu chez elles, avec l'espace et les moyens de gens ordinaires.

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