Votre premier chat se cache et miaule la nuit, et ça finit par passer

Un chat qui se cache et miaule la nuit dans ses premiers jours n'est pas en train de rater son adaptation : il est en train de s'installer, à sa manière, dans un territoire qu'il ne connaît pas. La bonne réponse n'est pas de le rassurer de force, mais de lui offrir un espace plus petit, plus calme et plus prévisible, en vérifiant trois choses seulement : est-ce qu'il mange, est-ce qu'il boit, est-ce que la litière est utilisée. Un chat qui cesse complètement de manger ou de boire ne relève pas de l'attente : c'est le vétérinaire qu'on appelle. Tout le reste, les miaulements de trois heures du matin, la gamelle à peine entamée, le pipi à côté du bac, appartient à la phase d'adaptation, et sa durée ne se compare pas d'un foyer à l'autre.

J'ai fait ça dans un appartement où tout était prêt avant l'arrivée du chat : bac installé, gamelle remplie, coussin acheté. Il est sorti de la caisse de transport et il a disparu. Pas une fuite, pas un bruit : le chat s'est glissé sous le canapé et il n'en est plus ressorti de la soirée. J'ai passé la première heure à me dire que j'avais raté quelque chose.

Sous le canapé, il n'est pas caché : il est à l'abri

Regardez où il va. Ce n'est jamais un endroit au hasard : sous le canapé, dans le creux entre le mur et la machine à laver, sur le dessus du placard de cuisine. Trois endroits que vous ne pouviez pas prévoir et qui ont tous la même logique. Il voit sans être vu, il a une paroi dans le dos, et personne ne peut l'attraper sans faire de bruit d'abord. Dans un endroit qu'il ne connaît pas, c'est le seul outil qu'il possède.

Le sortir de là, c'est lui confirmer que la maison est dangereuse. Je l'ai fait une fois, avec un chat précédent, parce que je trouvais ça triste. Je l'ai attrapé pour le mettre sur le canapé, près de moi, en le caressant. Il est reparti sous le lit et il y est resté deux jours de plus qu'il n'en aurait eu besoin. On ne peut pas raccourcir une adaptation en tirant le chat par la peau du cou, on peut seulement l'allonger.

Ce que je fais à la place ne ressemble à rien d'utile. Je m'assois par terre, à deux mètres de lui, dos au mur, téléphone dans la poche. Je ne tends pas la main. Je parle un peu, à voix basse, de choses sans importance, et au bout de dix minutes je me lève et je m'en vais. Le lendemain, je recommence. L'objectif n'est pas de le toucher, c'est de devenir ennuyeux. Un humain qui ne se penche pas, qui ne fait pas de bruit et qui finit toujours par partir, voilà une information exploitable pour un chat.

La nuit, il suit un horaire qui n'est pas le vôtre

La première nuit, je n'ai rien entendu. La deuxième, un miaulement vers quatre heures, un seul, puis le bruit des griffes dans le couloir. La troisième, quelqu'un a couru sur le carrelage de la cuisine à trois heures et demie, et j'ai compris en descendant que la gamelle avait été poussée contre le mur.

Ça ne veut pas dire qu'il vous appelle, ni qu'il vous en veut. Un chat qui arrive d'une association, d'un élevage ou de la rue arrive avec son rythme, et ce rythme est rarement calé sur celui d'un appartement français. Il dort quand le logement est calme et s'active quand il se sent seul à pouvoir le faire. Ça se décale, mais pas parce que vous lui avez expliqué.

Trois choses ont aidé chez moi, et aucune ne s'achète. Une vraie séance de jeu en fin de soirée, dix minutes, jusqu'à ce qu'il s'arrête de lui-même et s'asseye. Un repas juste après. Et un endroit près d'une fenêtre où il peut regarder dehors. Le reste du temps, je n'ai pas cédé sur un point : je ne me lève pas pour remplir la gamelle à quatre heures du matin. Un chat apprend très vite que le miaulement réveille la cuisine.

Le bol presque plein, et la question qui n'est pas la mienne

Un chat stressé mange peu. Il picore, il attend que la pièce soit vide, il revient. Avant de s'inquiéter, je regarde où est le bol. À côté du bac, dans un passage, contre le réfrigérateur : trois placements qui suffisent à faire bouder un chat. Deux mètres de distance avec la litière, un coin de mur, pas de bruit de moteur. Et je pose la gamelle puis je sors de la pièce, parce que certains chats ne mangent pas devant quelqu'un qui les regarde.

En revanche, un chat qui ne mange plus du tout, ou qui ne boit plus du tout, ce n'est pas mon affaire. Je ne sais pas lire un chat malade, et une personne qui tient un blog sur les chats de foyer n'a pas à le faire. C'est le vétérinaire, et c'est tout. Je préfère le dire ici plutôt que de vous laisser chercher un signe sur une page web à deux heures du matin.

L'accident sur le tapis de bain

La première fois, j'ai cru à un problème de comportement. C'était un problème de distance. Le bac était dans la salle de bain, à l'autre bout du couloir, et le chat vivait sous le canapé du salon. Traverser l'appartement entier, en terrain inconnu, pour trouver une caisse fermée dont on ne voit pas l'intérieur, c'est beaucoup demander à un chat qui n'a pas encore fait le tour du logement.

J'ai acheté un second bac et je l'ai posé dans la pièce où il se tenait, pas contre la gamelle. Le lendemain, plus rien sur le tapis. Les accidents des premiers jours viennent presque toujours de là : bac trop loin, bac pas assez propre, bac collé à la nourriture. Un chat qui arrive longe les murs et suit un itinéraire simple ; le bac doit se trouver sur cet itinéraire, pas au bout d'un parcours du combattant.

Pour le nettoyage, de l'eau tiède et du savon, puis quelque chose qui casse l'odeur. Pas d'eau de Javel : son odeur ressemble à celle de l'urine, et j'ai déjà vu un chat revenir exactement au même endroit pour cette raison.

Trois jours, trois semaines, et pourquoi ça ne se compare pas

On m'a dit que chez la voisine, le chat était sur les genoux dès le deuxième soir. C'est possible, et ça ne dit rien du vôtre. La durée d'installation dépend de l'âge du chat, de ce qu'il a vécu avant, du bruit de l'immeuble, de la présence d'enfants, de la hauteur sous plafond. Aucun article sérieux ne peut vous donner une date, et celui-ci ne le fera pas.

Ce que je regarde à la place, c'est la distance. Sous le canapé le premier jour. Sorti la nuit quand l'appartement dort, le troisième. Debout au milieu du salon le soir, à l'autre bout de la pièce, la queue autour des pattes, le cinquième. Ce n'est jamais une ligne droite : un passage du facteur, un aspirateur, une visite, et on recule d'une journée. Ce n'est pas une rechute, c'est un chat qui vérifie.

Ce qui n'aide vraiment pas, c'est de mesurer. Inspecter la litière toutes les heures, regarder sous le canapé, se pencher sur la gamelle en soupirant. Un chat lit très bien l'agitation d'un foyer. Je l'ai vu chez moi : la semaine où j'étais inquiet, il est resté caché plus longtemps que la semaine où j'ai arrêté de vérifier.

Le signal, ce n'est pas le chat qui monte sur vous. C'est celui qui s'assied au bord de la pièce et qui vous regarde faire la vaisselle. À partir de là, l'adaptation est lancée, et le reste vient avec le temps que le chat a choisi.

Coussins et Griffoirs

À propos de l’auteur

Coussins et Griffoirs rassemble des personnes qui vivent avec des chats depuis longtemps, en appartement comme en maison, et qui ont fini par connaître aussi bien les arrivées de chatons que les vieux chats à porter chez le vétérinaire. Elles parlent de ce qu'elles ont vu chez elles, avec l'espace et les moyens de gens ordinaires.

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