Trois aménagements suffisent quand on se déplace mal : la litière remontée à hauteur de hanche avec une entrée basse, le griffoir fixé à hauteur d'assise pour pouvoir jouer sans se lever, et des stations fixes — gamelle, eau, coussin — posées là où le chat circule sans couper les passages où l'on marche. Le reste de la catification classique, murs, étagères, arbres à chat, ne se garde qu'à une condition : pouvoir le nettoyer sans escabeau.
Je commence toujours par la litière. Pas parce que c'est le sujet noble, parce que c'est le seul geste que je fais deux fois par jour, tous les jours, avec le même corps.
La litière d'abord, parce qu'elle revient tous les matins
Il est 6 h 50. Le couloir est étroit, le carrelage froid sous les pieds, et le bac est au sol, dans l'angle. Je descends. Je descends vraiment : les genoux plient, le dos s'arrondit, la main cherche l'appui du chambranle pour remonter. Puis je recommence le soir. Deux flexions complètes par jour, plus les ramassages impromptus, ça fait un chiffre que personne ne compte et que le corps, lui, enregistre.
Le bac sur un support stable, assez large pour ne pas glisser, avec une entrée basse sur le côté, change la journée. Je reste debout. La main descend à peine au-dessus des hanches, la pelle travaille à hauteur de mes doigts, et le chat entre sans avoir à sauter par-dessus un rebord. C'est l'entrée basse qui compte autant que la hauteur : un bac trop haut oblige l'animal à un saut qu'il négociera de moins en moins bien, et un chat qui hésite devant sa litière, ce sont des surprises que je ramasse à quatre pattes.
Je ne donne pas de centimètres. La bonne hauteur dépend de votre corps, pas d'un tableau : c'est celle où vous pouvez pelleter debout, sans cambrer, et voir le fond du bac. Si vous devez vous pencher pour vérifier qu'il est propre, il est trop bas.
Le placement, maintenant. Loin de la gamelle et de l'eau, tout le monde le sait. Ce qu'on dit moins, c'est que la distance doit se mesurer depuis vos pieds et pas depuis le museau du chat. Deux mètres dans un couloir étroit où je dois enjamber le bac pour aller à la salle de bain, c'est pire que quatre mètres en périphérie de pièce, contre un mur, dans un endroit où je passe sans rien avoir à franchir. J'ai fait l'erreur : le bac dans le passage, et le chat qui gratte à trois heures du matin, et moi qui me lève, qui enjambe dans le noir, qui me rattrape au mur. Le bac n'a pas bougé depuis.
Ce que ce montage ne règle pas
Il ne règle pas la vue. Un bac surélevé est plus visible qu'un bac au sol, et dans un salon ça se remarque. Il ne règle pas non plus les chats qui urinent haut sur les parois : plus le bac est haut perché, plus la question du rebord se pose, et là il faut accepter d'essayer plutôt que de décider sur le papier. Et un support qui bouge est plus dangereux que pas de support du tout : c'est le seul point sur lequel je ne transige pas.
Le griffoir à hauteur d'assise
Le soir, sur le canapé, le chat attaque le dossier. Ma réaction habituelle, c'est de me pencher en avant, de tendre le bras, de dire non, de le déplacer. Ce geste-là, penché, bras tendu, répété dix fois par soirée, voilà ce que je voulais supprimer.
Un griffoir fixé au mur, à la hauteur de ma main quand je suis assis, fait deux choses à la fois. Le chat s'y étire debout, ce qui est exactement ce qu'il cherche, et moi je peux y poser la main, y frotter un doigt, accompagner le grattage sans quitter le coussin. Il est à trente centimètres de mon épaule. Je le vois. Je le touche. Le chat vient griffer à côté de mes genoux, sur le même plan que moi, et le dossier du canapé respire.
Même logique pour le jeu. La canne avec une plume, je la tiens assise, le poignet fait le travail, le chat court et saute. C'est le seul jeu qui ne me demande rien d'autre qu'un poignet et un peu de place devant le canapé. Un jouet qui roule au sol me demande de me lever pour le récupérer sous le meuble : je ne le sors plus.
Une réserve, et elle est réelle : un griffoir fixé suppose un mur qui tient. En location, sur une cloison creuse, ça ne s'accroche pas, et un griffoir qui tombe fait plus de dégâts qu'un canapé griffé. Dans ce cas, je garde un griffoir au sol, mais je le choisis lourd, stable, et je le place là où je ne risque pas de le renverser en passant.
Des stations fixes pour un chat qui ne traverse plus devant les pieds
Le chat qui tourne en huit autour des chevilles à l'heure de la gamelle, c'est charmant dans un film. Chez moi, c'est le vrai danger de la journée, et c'est celui dont on parle le moins, parce qu'il ne concerne pas le chat, mais la personne qui marche. Un chat qui change de trajectoire au dernier moment, dans une cuisine, sur du carrelage, avec quelqu'un qui se rattrape mal, ça ne pardonne pas.
La gamelle au même endroit, à la même heure, en dehors du trajet entre la table et l'évier, et le chat cesse de me suivre. Ce n'est pas de l'éducation, c'est de la géographie. Un chat qui sait où l'attend son repas n'a plus besoin de me coller aux mollets pour me le rappeler. Et j'ai gagné un passage libre, du buffet à la porte, que je traverse sans regarder par terre.
Même chose pour le repos. Deux coussins posés là où je passe, dans mon champ de vision, valent mieux qu'un panier dans un angle sombre où je découvre le chat sous mon pied. Je préfère un chat qui dort à un mètre de moi, visible, à un chat qui surgit d'un coin. Ça paraît anodin. C'est ce qui a le plus changé mes déplacements dans l'appartement.
Ce qu'on retire, et c'est peut-être le plus important
J'ai eu l'étagère à 1,80 m. Le chat l'adorait, il y passait ses après-midi. Moi, je la dépoussiérais une fois par an, avec le manche du balai, et encore. Une étagère à poils qu'on ne nettoie pas, ce n'est pas de l'aménagement, c'est un filtre à poussière suspendu. Une catification qui exige une échelle pour l'entretien finit par ne plus être entretenue du tout, et c'est le chat qui vit dessus.
Il y a une deuxième raison, plus désagréable à dire. Ce qui monte doit pouvoir descendre. Un chat en haut d'une bibliothèque et moi en bas, avec une hanche qui dit non, c'est une négociation que je ne veux pas avoir à 22 heures. Je ne l'ai pas vécue, mais j'ai vu la scène se dessiner assez de fois pour avoir tout redescendu d'un cran.
Ma règle est simple : rien au-dessus de ma main levée. Ce qui veut dire que le haut des murs reste vide, que l'arbre à chat perd sa plateforme supérieure, et que le chat dispose de moins de hauteur. Il s'en accommode. Les chats s'installent là où on les laisse, et un appartement avec trois paliers praticables vaut mieux qu'une falaise dont personne ne nettoie les étages.
Marches basses et plans inclinés, pour ne plus porter
Un chat qui demande les bras six fois par jour, c'est cinq kilos soulevés six fois par jour. Le chiffre qui compte n'est pas le poids du chat, c'est le geste.
Sofa, rebord de fenêtre, lit : trois endroits. Une marche basse contre le canapé, ou un plan incliné si la pente reste douce, et le chat monte et descend seul. Il faut le voir pour le croire : ce n'est pas le chat qui insiste le plus, c'est celui qui a toujours sauté et qui, un jour, négocie. On propose, on n'impose pas. Un chat qui a l'habitude de sauter ignorera votre rampe pendant des semaines, puis l'utilisera un matin sans prévenir.
Le revers, c'est la place. Un plan incliné traverse le salon et devient un obstacle de plus, exactement ce que je cherche à supprimer. Souvent, une marche basse qui se retire quand il y a du monde fait mieux qu'une rampe fixe qu'on ne peut pas bouger. Il n'y a pas de bonne réponse dans l'absolu, il y a un arbitrage entre "je ne porte plus" et "je n'enjambe pas davantage".
L'ordre dans lequel je fais les choses
Je ne regarde pas la pièce en me demandant ce qui plairait au chat. Je regarde ma journée en partant de mon corps : combien de fois je me baisse, combien de fois j'enjambe, combien de fois je lève le bras au-dessus de l'épaule, combien de fois je porte quelque chose de vivant.
Ce qui revient tous les jours passe en premier. Ce qui se nettoie une fois par an ne compte pas, même si c'est joli, même si le chat aime. Et quand un aménagement ne tient que parce que quelqu'un d'autre pourrait le nettoyer à votre place, il ne tient pas.
Le bon critère n'est pas "est-ce que le chat aime", c'est "est-ce que je peux encore le faire dans deux ans". Un appartement où l'on vit avec un chat quand on se déplace mal n'est pas un appartement vide. C'est un appartement où rien d'important n'est en haut de l'échelle.