Ce qu'un certificat LOOF de Chartreux garantit vraiment

Un certificat LOOF de Chartreux garantit une chose précise, alors autant la nommer tout de suite : que le chat est inscrit au Livre Officiel des Origines Félines, que ses deux parents y sont inscrits, et que la race déclarée correspond au standard écrit du Chartreux. Il ne garantit ni la santé du chaton, ni son caractère, ni l'aspect qu'il aura à trois ans, et il ne remplace pas les examens des reproducteurs. C'est un document d'origine, pas un label de qualité.

La pochette plastique avait passé la matinée dans une voiture et elle était tiède. Trois feuilles agrafées en coin, un peu cornées sur les bords. Je les ai étalées sur la table de la cuisine, à côté d'une tasse, et j'ai mis un bon moment à comprendre que je ne regardais pas ce que je croyais regarder. Vous auriez vu la même chose que moi : un chat bleu-gris sur le rebord de la fenêtre, pattes rentrées, immobile, qui suivait la scène sans y participer, et devant moi un feuillet qui ne parlait pas de lui.

Ce que je cherchais au début, c'était une phrase. Quelque chose du genre « ce chat est un Chartreux ». Elle n'existe pas. Le document ne fonctionne pas comme ça. Il donne des noms, des dates, des numéros, et c'est à vous de faire le tri entre ce que ces colonnes prouvent et ce qu'elles laissent entièrement de côté.

La première feuille est un acte de filiation, pas un portrait

Le certificat de naissance, c'est la pièce que l'éleveur remet en premier. Identité du chaton, date de naissance, nom de l'élevage, et surtout les deux parents avec leurs numéros d'inscription respectifs. Rien de plus, rien de moins. La question à laquelle il répond est étroite : de qui vient ce chaton, et cette lignée est-elle bien dans le livre de la race.

Ce que je regarde en premier, ce n'est jamais le nom du chat. Ce sont les deux numéros des parents, et je vérifie qu'ils sont cohérents d'une feuille à l'autre. Un numéro recopié à la main, une référence qui change entre le certificat et le pedigree, une date qui ne colle pas : ce sont des détails qui ne veulent rien dire en soi, mais qui méritent qu'on demande. Un document propre n'est pas une preuve de sérieux. Un document incohérent, en revanche, est une information.

En France, le mot « Chartreux » employé pour la reproduction et les expositions renvoie au LOOF, tenu par la Société Centrale Féline. Un chat qui ressemble à un Chartreux sans inscription, on l'appelle un chat de type chartreux, ou un européen bleu selon les cas. Ce n'est pas un détail de vocabulaire snob : c'est la différence entre un chat dont on connaît l'origine et un chat dont on suppose l'allure.

Ce que le pedigree ajoute, et ce qu'il n'ajoute pas

Le pedigree, c'est l'arbre sur plusieurs générations. On y lit des noms, des dates, des inscriptions, et parfois une branche qui s'arrête net avec la mention d'origines non connues. Sa valeur est là : il montre la profondeur de la lignée et la régularité d'un travail d'élevage. Il ne montre rien d'autre.

Je l'ai compris en cherchant sur le mien une case qui n'existait pas. Un pedigree ne dit pas si les rotules des grands-parents ont été examinées, ne dit pas si la mère a eu des portées rapprochées, ne dit rien de la sociabilité des chats de la lignée. Ce sont des feuilles de comptabilité généalogique, pas des dossiers médicaux.

Il existe par ailleurs des inscriptions à titre initial, pour des chats dont les origines ne sont pas connues et qui sont jugés conformes au standard. Le chat est alors bien au LOOF, mais sans arbre derrière lui. Ce n'est pas la même chose qu'un pedigree complet, et ça doit se voir sur le document qu'on vous présente. Beaucoup de personnes découvrent cette nuance après l'adoption ; autant la connaître avant.

Le standard décrit un chat que le papier ne pèse pas

Le standard du Chartreux, c'est un texte. Taille moyenne à grande, corps musclé et un peu allongé, poil bleu-gris, yeux cuivre. Il descend dans le détail : texture du poil, sous-poil dense et un peu laineux, longueur de la queue, proportions, forme des oreilles. C'est ce texte qui sert de référence en jugement et qui fait qu'un éleveur garde un chaton plutôt qu'un autre.

Le certificat, lui, ne dit qu'une chose : ce chaton est né de deux Chartreux inscrits. Il ne dit pas que ce chaton incarne parfaitement le standard. La conformité se juge à l'œil, plus tard, en exposition ou tout simplement chez vous, quand le chat a fini de pousser.

C'est là que les photos de chatons vendus en ligne perdent beaucoup de leur pouvoir. À deux ou trois mois, un Chartreux n'a pas encore ses yeux cuivrés : l'œil du chaton part d'un bleu-gris et tire vers le cuivre en grandissant, sur plusieurs mois. Certains chatons portent aussi des marques tabby fantômes, visibles à contre-jour, qui s'effacent avec le poil adulte. Aucun document, aucun pedigree, aucune photo ne vous promet la couleur finale de ces yeux. Le standard exige le cuivre ; la nature, elle, prend son temps, et le vendeur ne peut pas s'engager sur ce point.

La santé, la partie que personne ne signe à votre place

Le certificat de naissance ne comporte aucune ligne sur la santé. Zéro. Il faut donc la demander à voix haute, ce qui est souvent le moment le plus gênant d'une visite, et le plus utile.

Sur un Chartreux, la question qui revient le plus souvent concerne les rotules. Le dépistage de la luxation de la rotule se fait par palpation, parfois complété par une radiographie, et l'éleveur qui suit sa lignée connaît le statut des reproducteurs. Je demande toujours trois choses : testé pour quoi, par qui, et quand. Un « les parents sont testés » sans date ni résultat ne m'apprend rien. Et il faut accepter la réponse inverse : certains éleveurs ne dépistent pas la rotule, d'autres dépistent autre chose, et tous ne communiquent pas de la même façon. C'est un motif de discussion, pas un interrupteur oui/non.

La bonne question n'est d'ailleurs pas « avez-vous des papiers » mais « qu'est-ce que vous pouvez me montrer sur les parents ». Un éleveur sérieux a ça sous la main. Pas parce qu'il est vertueux, parce qu'il a l'habitude qu'on lui demande.

Vérifier le numéro, concrètement

Le numéro d'inscription porté sur le document peut être confirmé auprès du LOOF, et c'est la démarche que je fais maintenant systématiquement, même quand tout me paraît limpide. On peut aussi demander les numéros des parents et vérifier qu'ils se retrouvent bien là où ils devraient être. Un numéro qui ne correspond à rien, ou un document présenté comme LOOF alors qu'il vient d'un livre étranger, change complètement la lecture.

Un pedigree étranger n'est d'ailleurs pas un pedigree LOOF. Il peut être reconnu, il peut exister des procédures d'équivalence, mais cela se vérifie au cas par cas et cela ne se devine pas. Un document imprimé par l'éleveur, aussi soigné soit-il, n'est pas un document du LOOF : le papier vient du livre, pas de la maison.

Ce jour-là, sur la table de la cuisine, j'ai fini par retourner les feuilles dans l'autre sens. J'ai relu les noms des parents, vérifié les numéros, puis j'ai posé le dossier. Le chat sur le rebord n'avait pas bougé. Je l'ai regardé : le poil dense, le bleu un peu gris, les yeux qui n'étaient pas encore tout à fait cuivrés. Le papier m'avait dit d'où il venait, avec une précision qu'aucune photo ne peut atteindre. Il ne me dirait jamais avec quoi j'allais vivre pendant quinze ans. Cette partie-là se joue entre la mère qu'on peut voir, les questions qu'on ose poser et le temps.

Coussins et Griffoirs

À propos de l’auteur

Coussins et Griffoirs rassemble des personnes qui vivent avec des chats depuis longtemps, en appartement comme en maison, et qui ont fini par connaître aussi bien les arrivées de chatons que les vieux chats à porter chez le vétérinaire. Elles parlent de ce qu'elles ont vu chez elles, avec l'espace et les moyens de gens ordinaires.

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