Que garantit vraiment un certificat LOOF chez un chat ?

Un certificat LOOF garantit une chose, et une seule, mais il la garantit bien : l'ascendance. Le document atteste que le chat descend de parents inscrits au Livre Officiel des Origines Félines, que ses ancêtres sont enregistrés sur plusieurs générations et qu'il appartient à la race et à la variété annoncées. Il ne dit rien de la santé du chat, rien de son caractère, rien de la qualité de l'élevage d'où il sort. Un pedigree est un état civil. C'est le jour où on lui demande de faire office de bilan médical que les malentendus commencent.

Que garantit vraiment un certificat LOOF chez un chat ?

Je pose le dossier sur la table de la cuisine et je commence toujours par la même ligne : le numéro d'inscription, en haut du document. En dessous, le nom du chat, avec l'affixe de l'élevage collé derrière, ce « de la Chatterie des... » qui ne sert qu'à dire d'où vient l'animal. Puis la date de naissance, le sexe, la race, et un code de robe fait de lettres et de chiffres, le système EMS. Personne ne le lit jamais, ce code, et c'est pourtant la partie la plus précise du certificat : il décrit un poil, une couleur, une répartition de taches. Pas un individu.

Plus bas, il y a l'arbre. Trois générations, parfois quatre. Deux parents, quatre grands-parents, huit arrière-grands-parents, chacun avec son numéro d'inscription, quelquefois avec des titres remportés en exposition. Voilà tout le contenu réel du document. Il dit : ces chats-là ont existé, ils appartenaient tous à la même race ou à un croisement autorisé par le règlement, et ils étaient enregistrés. Il ne dit pas s'ils ont vécu vieux.

Une règle de filiation, pas un jugement de valeur

Si un seul des deux parents n'est pas inscrit au LOOF, le chaton ne peut pas l'être. Ce n'est ni une sanction ni un avis sur la valeur de l'animal. C'est une règle de filiation : un livre généalogique ne peut enregistrer que ce qu'il peut rattacher à ce qu'il connaît déjà. Un chat qui ressemble trait pour trait à un Maine Coon, mais dont les parents ne sont pas inscrits, ne sera pas un Maine Coon au sens du registre, même s'il en a la tête, le poil et le poids.

La confirmation ne juge que la forme

Certains documents portent la mention « confirmé » à côté du nom d'un chat adulte. Cela veut dire que l'animal a été présenté à un juge, qui l'a comparé au standard de sa race : forme de la tête, implantation des oreilles, longueur du poil, couleur des yeux, équilibre général du corps. C'est un examen morphologique, fait à l'œil et à la main. Le titre de champion, quand il existe, vient exactement du même endroit.

Le standard lui-même, le texte qui définit la race, décrit une morphologie, un poil, une couleur. Pour quelques races, il glisse une phrase sur un tempérament plutôt calme ou plutôt actif. C'est une tendance de population, écrite au conditionnel, et elle ne vous dira jamais quel chat vous aurez dans votre salon. Le standard ne connaît pas les individus.

Les tests de santé vivent dans une autre pochette

C'est le point sur lequel on me questionne le plus. Les documents de dépistage ne sont pas délivrés par le LOOF et n'ont rien à voir avec lui.

Pour l'HCM, la cardiomyopathie hypertrophique, ce qu'on regarde, c'est un compte rendu d'échocardiographie signé par un vétérinaire cardiologue. Pour la polykystose rénale, le PKD, il s'agit le plus souvent d'un test ADN réalisé en laboratoire vétérinaire, à partir de salive ou de sang. Il existe aussi des tests génétiques pour certaines atrophies rétiniennes, notamment chez le Bengal ou l'Abyssin, et des dépistages de surdité chez les chats blancs. L'éleveur reçoit un certificat au nom du chat, avec son numéro d'identification. C'est ce papier-là qu'il faut demander. Pas le pedigree.

Il faut les lire pour ce qu'ils sont. Une échographie normale à dix-huit mois dit que le cœur était normal ce jour-là, rien de plus. L'HCM peut apparaître tard, et un dépistage répété année après année, chez une race concernée, a bien plus de valeur qu'un examen unique obtenu juste avant l'achat. Un test ADN négatif dit que le chat ne porte pas la mutation recherchée, pas qu'il n'aura jamais aucun souci rénal ni qu'aucune autre maladie n'existe dans la race. Beaucoup de gens lisent « testé » comme « garanti ». Ce n'est pas la même chose.

Identification et vaccination : obligatoires, mais pas prédictives

Un chaton vendu doit être identifié, par puce électronique ou par tatouage, et son numéro doit être enregistré dans le fichier national I-CAD. Il doit aussi partir avec son carnet de vaccination ou son passeport européen, où figurent les rappels contre le typhus, le coryza et, selon les cas, la leucose. Ce sont les documents qui ont une vraie portée pratique : ils permettent de faire soigner le chat, de voyager avec lui, de le faire retrouver s'il se perd.

Mais ils ne promettent rien sur l'avenir. Une primo-vaccination faite et un rappel à jour garantissent qu'à la date indiquée, quelqu'un a injecté un vaccin et l'a noté. C'est tout ce qu'ils garantissent.

Le LOOF n'inspecte pas les élevages

Le LOOF tient le registre généalogique officiel des chats de race en France. Il enregistre les portées, délivre les certificats, fixe les règles d'inscription, et demande aux éleveurs qui y figurent de signer une charte. Ce n'est pas un service d'inspection sanitaire. Personne ne débarque chez l'éleveur pour vérifier comment vivent les chats.

Ce travail de vérification, c'est celui du visiteur, sur place, et aucun document ne le remplace. Je regarde d'abord la mère : est-elle là, dans quel état, vient-elle vers nous ou reste-t-elle cachée. Je regarde la pièce où sont les chatons, une pièce de vie avec des jeux et de la lumière ou une cage empilée dans un coin. Je regarde leurs yeux, leurs nez, la propreté de la litière. Je tends la main et j'attends de voir s'ils reculent ou s'ils s'approchent. Je regarde la date de la dernière portée, si l'éleveur accepte d'en parler. Une chatterie irréprochable sur le papier peut très bien être une pièce sombre avec huit chatons dedans, et ça, il n'existe aucun certificat pour vous le dire.

Et un chat sans pedigree ?

L'absence de papiers LOOF ne dit rien de la santé d'un chat. Un européen, un chat de gouttière, un chat adopté en association ou en SPA peut vivre quinze ou dix-huit ans sans jamais consulter un cardiologue. Ce qu'il n'a pas, c'est l'information généalogique : on ne sait pas de quoi il descend. Ce qu'il a souvent en plus, c'est un patrimoine génétique plus mélangé, parce que personne n'a sélectionné pendant des générations sur une forme de tête, une longueur de nez ou une couleur de robe.

Ce qu'on perd et ce qu'on gagne ne sont pas de la même nature. Le papier apporte une traçabilité. Il n'apporte ni une meilleure santé ni un meilleur caractère, et sur la question du caractère, je le dis franchement, le document ne sert à rien.

Ce que je regarde dans un dossier, dans l'ordre

Quand on me demande de jeter un œil à des papiers avant un achat, je fais toujours le même tri. Le numéro d'identification d'abord, pour vérifier qu'il correspond bien au chat qu'on a devant soi. L'ascendance ensuite, en regardant si les deux parents sont inscrits et si l'arbre remonte sur trois générations. Puis les tests de santé, dans l'ordre de ce qui compte pour la race concernée : cœur pour un Maine Coon ou un Ragdoll, reins pour un Persan, et ainsi de suite. Puis la vaccination et le carnet. Et pour finir, ce qu'aucun dossier ne remplace : la visite, la mère, la pièce, l'odeur, et la façon dont le chaton réagit quand on s'accroupit à sa hauteur.

Un certificat LOOF, c'est une bonne information. Il vaut mieux l'avoir que de ne pas l'avoir, et il vaut mieux savoir de quelle lignée on part que de l'ignorer. Mais ce qui décidera des quinze prochaines années, ce n'est pas la feuille posée sur la table. C'est le chat.

Coussins et Griffoirs

À propos de l’auteur

Coussins et Griffoirs rassemble des personnes qui vivent avec des chats depuis longtemps, en appartement comme en maison, et qui ont fini par connaître aussi bien les arrivées de chatons que les vieux chats à porter chez le vétérinaire. Elles parlent de ce qu'elles ont vu chez elles, avec l'espace et les moyens de gens ordinaires.

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