Une race décrite comme douce ne dit rien du chat que vous aurez

Une race décrite comme douce, calme ou proche de l'homme renseigne sur trois choses, et seulement trois : l'énergie typique de la population, la tolérance au portage et à la manipulation, et la tendance à vocaliser. Aucune de ces lignes ne dit ce qui se passera entre ce chat et un enfant dans votre logement. Ce qui tranche, c'est l'histoire de l'individu — ce qu'il a connu des enfants avant d'arriver chez vous — et la façon dont l'enfant le touche.

Je m'assois par terre. C'est la position qui m'a le plus appris sur les chats, et c'est celle que je conseille à quiconque veut savoir à quoi ressemblera une pièce partagée entre un chat et un enfant. Un chat vient ou ne vient pas. S'il vient, la main déclenche une suite de choses très rapides : la queue qui se replie contre le flanc, l'oreille qui pivote d'un quart de tour, le poids qui recule de deux centimètres avant que la patte ait bougé. Rien de tout cela ne figure dans un standard.

On m'a déjà dit, dans une salle de visite, « celui-là est très doux ». C'était vrai. Le mot ne répondait simplement pas à la question que je me posais, et qui était : que se passe-t-il le jour où un enfant de cinq ans décide de le porter jusqu'au canapé ?

Trois réglages, pas un caractère

Ce qu'un standard publie sur le tempérament tient en quelques mots. Le Chartreux y est calme. Le Bengal y est actif. Ces mots décrivent une tendance de population, c'est-à-dire ce qu'une majorité de chats de cette lignée font habituellement, et ils portent sur trois réglages seulement : le niveau d'énergie, la tolérance au contact et au portage, la voix.

Il n'y a pas de case « bon avec les enfants » dans un standard, et ce n'est pas un oubli. La compatibilité avec un enfant n'est pas une propriété du chat. C'est une propriété de la relation, et la relation dépend de ce que le chat a déjà vécu, de l'âge de l'enfant, et du logement.

Quand l'énergie ne tombe pas juste

Le Bengal est un cas utile parce que sa fiche est honnête : actif, joueur, besoin d'occupation. Ce que la fiche ne précise pas, c'est le rythme. Un chat de ce profil demande des séquences de jeu intenses, tous les jours, avec de vraies proies, des courses, des sauts. Deux ou trois séances de dix minutes bien menées, et il redescend. Moins que ça, et il se fabrique une occupation ailleurs.

Un enfant de six ans ne propose pas ce jeu-là. Lui, il court après, il attrape, il serre contre lui, il veut porter. Le chat, de son côté, veut attraper une chose qui fuit et décider lui-même quand le contact s'arrête. Les deux projets ne se rejoignent pas toujours. Quand ils se rejoignent, c'est presque toujours parce qu'un adulte tient le rythme : lancer la ficelle, laisser le chat gagner, ranger le jeu avant que la tension monte. Sans adulte dans la boucle, l'énergie du chat et l'énergie de l'enfant s'additionnent au lieu de se compenser.

Le geste qu'aucune fiche ne décrit

Il y a un geste que les descripteurs de tempérament n'abordent jamais, et c'est le geste numéro un d'un enfant entre trois et six ans : porter. Soulever le chat sous les épaules, le coller contre soi, le déplacer de pièce en pièce.

Plus un chat est lourd et large, plus cette prise est mal vécue. Ce n'est pas une affaire de caractère. Un chat de sept ou huit kilos soulevé sous les épaules se raidit, plaque ses pattes arrière et cherche à se dégager ; ce n'est pas de l'agressivité, c'est une réponse à un portage qui ne soutient pas le train arrière. Beaucoup de chats acceptent dix secondes dans les bras d'un adulte dont l'avant-bras fait office de support, et pas du tout dans ceux d'un enfant qui ne peut pas les caler. Le standard écrira « calme », et le chat donnera quand même un coup de patte le jour où il se sentira partir en arrière.

Le bruit, la voix, et ce qu'un foyer produit

Le Siamois et l'Oriental sont décrits comme bavards, et c'est exact. La ligne suivante manque presque toujours : ces chats réagissent fort au bruit et aux mouvements brusques. Or un foyer avec des petits enfants produit exactement ça, tous les jours, à l'heure du bain et à l'heure du repas. Un cri, un ballon qui roule dans le couloir, une porte qui claque : il y a une réponse.

Ce n'est pas un défaut. C'est un trait qui s'additionne. Dans une maison calme, un chat bavard est un chat présent. Dans un logement sonore, le même trait s'ajoute au bruit ambiant et forme une boucle : l'enfant crie, le chat répond, l'enfant rit plus fort. Ça se règle, mais ça se règle avec des adultes, pas tout seul.

Le chat de gouttière échappe au cadre

L'Européen, le gouttière, n'est pas une race au sens d'un standard : c'est une population. Il n'y a pas de sélection commune, donc pas de tendance unique à lire, et les fiches qui lui sont consacrées le disent à peu près toutes la même chose — affectueux, indépendant, adaptable — parce qu'on ne peut pas dire davantage.

Ce n'est pas une faiblesse, c'est un déplacement. Comme l'étiquette ne dit rien, on regarde autre chose : l'âge du chat, ce qu'il a connu, comment il réagit quand une main s'approche, où il dort, est-ce qu'il reste dans la pièce quand un enfant entre. J'ai croisé des gouttières d'une patience qui m'a surpris, et d'autres qui ne supportaient pas d'être effleurées. Même mot, chats différents.

Ce qui pèse plus lourd que n'importe quelle étiquette

Le point qui décide vraiment n'est jamais écrit sur une fiche : ce chat a-t-il déjà vécu avec des enfants ?

Un chat qui n'a jamais vu un enfant de près les évite, quelle que soit sa race. Il ne devient pas méchant pour autant : il se retire, il monte sur l'armoire, il contourne le salon par le couloir. Le Sacré de Birmanie ou le Chartreux sont souvent décrits comme placides, et c'est vrai à l'échelle d'une population. Ça reste une moyenne. Un individu de ces races qui n'a jamais connu d'enfant fera exactement ce que ferait n'importe quel autre chat : il disparaîtra de la pièce.

À l'inverse, un chat adulte qui a grandi dans une famille avec des enfants a appris quelque chose de précis. Il sait qu'un enfant crie, qu'il bouge vite, qu'il prend sans demander. Il a organisé sa vie autour, il a ses distances, il sait où se réfugier. C'est cette expérience qui se lit dans ses réactions, pas le nom de sa race.

Comment je lis une fiche aujourd'hui

Je cherche trois informations et je laisse le reste.

Le mot d'énergie : calme, actif, très actif. Ça me dit quel volume de jeu il faudra sortir chaque jour et si la surface disponible peut l'absorber.

La voix, quand elle est mentionnée. Un chat bavard dans un logement sonore, ce n'est pas la même vie qu'un chat silencieux, et ça ne se corrige pas.

La morphologie. Un chat grand et lourd m'annonce qu'il ne sera pas un chat qu'on porte, et qu'il faudra l'expliquer tôt à un enfant.

Le reste — doux, proche de l'homme, affectueux — je le lis pour ce que c'est : une indication sur une moyenne, pas une promesse sur un individu.

Ce que je fais ensuite tient en trois consignes que je répète aux enfants, et qui sont vérifiables, contrairement à un adjectif. On ne porte pas. On ne suit pas quand le chat s'en va. La queue et les oreilles ne sont pas des jouets.

Et je m'assois par terre, main au sol, paume ouverte. Si le chat vient, l'enfant apprend à laisser la main et à ne rien refermer. S'il ne vient pas, c'était une information utile, et on recommence demain. La fiche donnait le point de départ. Le reste s'écrit au niveau du sol.

Coussins et Griffoirs

À propos de l’auteur

Coussins et Griffoirs rassemble des personnes qui vivent avec des chats depuis longtemps, en appartement comme en maison, et qui ont fini par connaître aussi bien les arrivées de chatons que les vieux chats à porter chez le vétérinaire. Elles parlent de ce qu'elles ont vu chez elles, avec l'espace et les moyens de gens ordinaires.

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