Le carnet d'adoption d'un chaton se lit comme un relevé de dates, pas comme un certificat de tranquillité. La ligne « vermifuge » indique ce qui a déjà été administré, quand, et avec quoi ; confrontée à la date de naissance du chaton et au jour de la remise, elle situe l'animal à un moment précis de son protocole. C'est de cette comparaison que sortent les questions à poser au vétérinaire dans les jours qui suivent l'adoption — pas d'une liste de fréquences trouvée en ligne.

Le dossier posé à plat sur la table
Une pochette d'adoption, ça se vide entièrement. Je sors tout, je mets les feuilles côte à côte, et je cherche les dates avant de lire quoi que ce soit d'autre.
Ce qu'on y trouve le plus souvent : un carnet de santé ou un certificat vétérinaire, avec des étiquettes collées et des lignes remplies à la main ; le contrat d'adoption ; parfois une facture d'identification ou de stérilisation. Sur le carnet, une page identification avec le numéro de puce à quinze chiffres, une page vaccination avec la primo et le rappel, et une case plus discrète, souvent en haut de page : vermifugé le...
Ce sont ces dates que je recopie au crayon sur un coin de feuille, dans l'ordre où elles arrivent :
- né le...
- entré au refuge ou en famille d'accueil le...
- vermifugé le... (parfois deux ou trois lignes, rarement une seule)
- vacciné le...
- identifié le...
- remis le...
Le calcul qui suit est presque enfantin, et c'est tout ce qui compte : entre la dernière ligne « vermifugé » et aujourd'hui, combien de jours ?
Prenons un cas de figure. Chatons nés début mars, entrés au refuge mi-avril, une première ligne vermifuge au 15 avril, remise le 10 mai. Vingt-cinq jours séparent la dernière prise de l'arrivée à la maison. Sur un chaton de deux mois qui change d'environnement, de litière et d'alimentation en une journée, ce n'est pas la même chose que trois jours. Ce n'est pas à moi de trancher l'intervalle. Mais sans ce calcul, je ne sais même pas quoi demander.
Pourquoi un chaton est traité plusieurs fois
Un chaton se réinfeste vite. Les vers ronds les plus courants chez le chat passent souvent par la mère, notamment par le lait, et un petit qui vit avec sa portée dans une litière partagée reste en contact avec ce qu'il vient d'éliminer. Son immunité se construit. D'où des passages rapprochés pendant les premières semaines, là où un chat adulte en bonne santé suit un rythme bien plus espacé.
Le nombre exact de passages, l'intervalle, la forme — comprimé, pipette, suspension — et la molécule appartiennent au vétérinaire, qui regarde l'âge réel, le poids, l'état général et parfois les selles. Un produit dosé pour un chat adulte n'est ni la bonne quantité ni la bonne forme pour un chaton de six semaines, et ce genre d'erreur ne se rattrape pas en doublant la prise suivante.
Ce que le carnet m'apprend, en revanche, c'est ce qui a déjà été fait. Je ne repars pas de zéro : je continue un protocole commencé ailleurs, et c'est toute la différence entre subir l'arrivée d'un chaton et l'accompagner.
Les trois choses à faire dire au vétérinaire
Lors de la visite qui suit l'adoption, je viens avec le carnet, pas avec mes souvenirs. Trois informations doivent en sortir, et je les note directement sur le carnet plutôt que sur un papier volant : quel produit a été utilisé et à quelle date exacte ; si l'on poursuit ce produit ou si l'on change ; et quelle est la prochaine étape, avec ce que je dois surveiller d'ici là.
Une quatrième question mérite d'être posée, même si elle ne débouche sur rien : est-ce qu'un examen des selles apporterait quelque chose ici. Elle a le mérite de mettre sur la table ce que la case cochée ne dit pas — à savoir si le chaton est porteur aujourd'hui. Un carnet rempli parle du jour où il a été rempli.
Le piège du calendrier unique
On trouve partout des tableaux qui alignent vaccins et vermifuges sur les mêmes dates, comme si tout se faisait le même jour à vie. Dans les faits, ce sont deux horloges différentes. Un rappel de vaccin et une prise de vermifuge peuvent tomber ensemble, ou pas du tout. Si l'on cale l'un sur l'autre par confort, on finit par traiter trop souvent ou trop tard, et personne ne s'en aperçoit avant que le chaton ne maigrisse ou ne traîne.
Je préfère deux lignes séparées sur mon coin de feuille : une colonne vaccins avec sa date de rappel, une colonne vermifuge avec sa propre échéance. Le vétérinaire décide si elles se rejoignent.
Ce que la pochette ne contient pas
Elle ne dit rien des puces et des tiques. Un vermifuge interne ne traite pas l'extérieur, et un chaton issu d'une portée arrive fréquemment avec des puces — lesquelles transportent un autre parasite, le ténia. C'est un autre produit, un autre raisonnement, et souvent la première chose que le vétérinaire vérifie en passant la main dans le poil.
Elle ne dit rien non plus du statut de la mère, sauf si le refuge l'a noté, ni de ce qui s'est passé avant l'entrée au refuge. Et surtout, elle s'arrête au jour de la remise. Passé cette date, la chaîne des dates, c'est vous qui la tenez.
Adulte et senior : le même réflexe, un dossier plus mince
Sur un chat adulte adopté, l'historique est souvent incomplet, parfois inexistant. La question change de forme : moins « quelle est la prochaine échéance » que « qu'est-ce qui n'a jamais été fait ». Sur un senior, elle se déplace encore — l'état des reins, le poids, les dents entrent dans la décision de traiter ou non. Le réflexe reste le même : ce qui est écrit compte plus que ce qu'on suppose, et ce qui manque compte autant que ce qui est écrit.
Après la visite
Je garde la pochette. Chaque passage chez le vétérinaire y ajoute son étiquette ou son reçu, avec la date. Le numéro d'identification vit à deux endroits, dans le carnet et dans le téléphone, parce qu'un carnet se perd plus facilement qu'un portable. Et l'échéance suivante est notée quelque part de visible, pas dans un tiroir.
Un dossier d'adoption, au fond, se transmet comme un témoin de relais. Le refuge a tenu la première moitié du calendrier, avec ses propres contraintes. Vous tenez la seconde. Les dates sont la seule chose qui passe vraiment de main en main.